L’importance de prendre des précautions lors d’achats importants à l’étranger

À titre de spécialiste en douane, il m’est arrivé dans ma carrière d’entendre plusieurs histoires sur des transactions internationales qui ne se déroulent pas toujours très bien. Souvent, ces cas impliquent des gens bien intentionnés qui malheureusement ne détiennent pas au moment de leur achats toutes les connaissances nécessaires pour éviter des erreurs de parcours. Laissez-moi vous raconter le cas d’un jeune entrepreneur ayant effectué des achats sur un site Web étranger. Cette histoire ne vous laissera pas indifférent et vous exposera les risques de procéder à des achats importants en ligne sans avoir toute l’information nécessaire au bon déroulement d’une transaction.

Un jeune entrepreneur motivé, mais peu informé…

Un jeune homme, rempli d’ambition et de volonté, venait de démarrer une petite entreprise de réparation d’appareils électriques. La demande se faisant de plus en plus grande, il décida d’importer certaines pièces difficiles à trouver au Canada d’un autre pays. En naviguant sur l’internet, il tomba sur le site Web d’un fournisseur de pièces situé en Asie. Fort enthousiaste de sa découverte, il procéda à l’achat de quelques milliers de dollars de pièces. Le fournisseur lui demanda lors de l’achat s’il désirait qu’il lui fournisse le transport aérien pour lui faire parvenir ses pièces jusqu’au Canada. Le jeune entrepreneur, ne s’y connaissant pas trop dans le domaine, accepta l’offre du fournisseur en échange d’une somme supplémentaire.

Comme de nombreuses personnes qui débutent dans l’univers de la transaction douanière, le jeune homme ne savait pas qu’il aurait besoin d’un courtier en douane au moment de dédouaner sa marchandise au Canada. Sous le conseil d’un ami, il décida donc de contacter un courtier en douane pour obtenir de l’aide. La première chose que le courtier lui demanda pour établir les droits de douane de ses produits fût de regarder la facture commerciale que le fournisseur d’Asie lui avait remis.

Après analyse, le courtier lui indiqua que la facture était très simpliste et qu’elle ne représentait en rien ce qu’il voyait habituellement. Il lui indiqua toutefois les droits de douane qu’il devrait débourser. Il questionna ensuite le jeune homme sur les délais prévus avant de recevoir ses pièces et se rendit compte que ceux-ci étaient déraisonnables, étant donné que le transport devait de faire par mode aérien. L’entrepreneur informa alors le courtier qu’aux dernières nouvelles, son colis était pris aux douanes dans un pays du Moyen Orient et qu’il devrait payer quelques milliers de dollars de plus pour qu’il soit débloqué. Sourcillant à la réponse du jeune homme, et lui expliquant que le colis ne devrait être dédouané qu’une seule fois à son arrivée au Canada (et n’aurait par conséquent même pas dû traverser les douanes du pays en question), le courtier lui demanda le nom de la compagnie de transport et se rendit compte, après une recherche sur le net, que cette compagnie n’avait pas d’adresse.

Sur les conseils du courtier, le jeune entrepreneur décida donc de rappeler la compagnie de transport et exigea des explications. Il demanda à voir le manifeste de transport (Bill of lading) et la déclaration de douane du pays où son colis se trouvait. Il reçut la déclaration écrite dans une langue étrangère. Bien que le courtier lui conseillât de ne plus débourser un sou à la compagnie de transport, il décida tout de même de payer dans l’espoir de retrouver son colis.

Quelques jours après, le jeune homme a reçu à nouveau un message de son transporteur, qui lui indiquait qu’il devait à présent payer une autre somme, car son colis était pris aux douanes américaines. Totalement découragé, il rappela donc le courtier pour lui expliquer la situation. Celui-ci lui expliqua que c’était impossible et demanda au jeune entrepreneur le manifeste de transport (Bill of lading) qui devait l’informer sur les déplacements de son colis. Celui-ci s’empressa de le faire parvenir au courtier, qui lui confirma que c’était un document frauduleux ne contenant pas le nombre de chiffres requis. En d’autres termes, le manifeste n’était pas conforme. Le courtier informa l’entrepreneur qu’il ne pourrait malheureusement pas dédouaner son colis au Canada avec ce document, car il manquait plusieurs informations importantes, telles que le lieu de l’entreposage au Canada. Il lui conseilla à nouveau de mettre fin aux procédures avec le transporteur et de ne plus débourser un seul sou.

Désespéré, le jeune rappela le transporteur, qui lui annonça qu’en plus de tout ce qu’il avait déjà déboursé, il devait payer plusieurs centaines de dollars de frais de douane pour le Canada, malgré le fait que le courtier lui avait déjà mentionné que ses produits étaient sans frais de douane et qu’il devrait uniquement payer la TPS sur la valeur de son colis. Le courtier lui conseilla à nouveau de ne pas payer et de demander des preuves. Cependant, l’entrepreneur, se sentant coincé et voulant à tout prix recevoir ses pièces, paya le transporteur. À ce jour, il n’a toujours pas reçu son colis…

Quels moyens prendre pour se protéger de la fraude en ligne?

Il est vrai que le jeune entrepreneur aurait pu être plus prudent en cherchant un fournisseur sur le net. Souvent, faire des achats sur le Web nous fait prendre pour acquis que tout est facile et que tout le monde est honnête, mais il faut garder en tête qu’il s’agit d’une transaction internationale avec une somme à débourser au bout de la ligne. Lorsqu’un cas devient aussi complexe et malheureux que celui de ce jeune homme, la douane canadienne ne peut malencontreusement rien faire. À ce moment, la porte de sortie du jeune homme aurait probablement été la police.

Sinon, d’autres moyens auraient pu contrer ce malheureux événement. Par exemple, si le jeune homme avait demandé l’aide d’un spécialiste en douane avant de s’aventurer dans une transaction internationale, celui-ci aurait pu le conseiller sur les étapes normales de ce type de transaction. Le spécialiste n’aurait pas pu empêcher le jeune homme de tomber sur le site d’un fournisseur de pièces frauduleux, mais il aurait pu lui conseiller de payer une partie de la somme du colis et de payer le reste une fois le colis arrivé. Le spécialiste aurait également pu lui proposer d’utiliser une lettre de crédit avec sa banque et la banque du fournisseur. Il existe effectivement des pratiques commerciales qui auraient pu protéger le jeune entrepreneur. Une fois bien informé, on peut donc éviter le pire.

 

 

 


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À propos de l'auteur
Grand communicateur et aimant beaucoup échanger avec les gens, Carl-Olivier a développé un intérêt pour les échanges internationaux. Après avoir complété son profil professionnel avec une formation en douane, il a occupé successivement différents postes au sein de l’entreprise, ce qui lui confère une connaissance approfondie des procédures et des règlementations douanières applicables. Possédant une expérience d’une dizaine d’années dans le domaine douanier, il transmet habilement sa connaissance et son expertise des processus douaniers aux gens d’affaires qui désirent mieux comprendre les enjeux du commerce international.